Depuis le 1er janvier 2026, le SMIG au Maroc s’établit à 17,92 DH de l’heure, en vertu du décret n° 2.25.983. Pour un mois complet de 191 heures, cela fait 3 422 DH brut. C’est la deuxième et dernière tranche de 5 % de la revalorisation issue de l’accord social tripartite signé en avril 2024, chaque tranche valant 5 % du taux de 16,29 DH en vigueur avant l’accord. Pour un salarié célibataire sans charges de famille, le net après cotisations CNSS et AMO est d’environ 3 191 DH, l’IR étant nul à ce niveau.
Pourquoi 3 422 DH et pas un chiffre rond
Parce que le texte fixe une heure, pas un mois. Le décret n° 2.25.983, publié au Bulletin officiel n° 7469 du 29 décembre 2025, fixe à 17,92 DH le salaire minimum légal versé pour une heure de travail dans les activités non agricoles. Le chiffre mensuel vient du Code du travail : l’article 184 fixe la durée normale de travail à 2 288 heures par an, soit 44 heures par semaine. Divisé par douze, cela donne 190,67 heures, arrondies à 191 en paie. Puis 17,92 × 191 = 3 422,72 DH.
Si votre bulletin affiche moins que ça pour un mois complet de présence, votre employeur est en infraction à l’article 356 du Code du travail. La démarche : signalement à l’Inspection du travail de votre wilaya.
Ce que risque l’employeur
L’article 361 prévoit une amende de 300 à 500 DH par salarié payé sous le minimum, dans la limite de 20 000 DH au total. Il ouvre aussi une voie de restitution : en cas de litige, si les sommes dues n’ont pas été payées avant l’audience, le tribunal ordonne, à la demande du salarié, la restitution des montants retenus sur le salaire minimum. Et l’article 360 rend nul de plein droit tout accord individuel ou collectif qui abaisse le salaire sous ce plancher : un contrat signé à un taux inférieur ne vous engage pas.
Ce que ça donne en net
Beaucoup de salariés confondent brut et net. Au niveau du SMIG, seules les cotisations sociales sont retenues. La part salariale CNSS vient de deux branches, assises sur le salaire plafonné à 6 000 DH par mois et réparties à raison de deux tiers pour l’employeur et d’un tiers pour le salarié : 11,89 % pour les prestations à long terme (retraite) et 1,57 % pour les prestations à court terme. Le tiers salarial représente 3,96 % plus 0,52 %, soit 4,48 %.
| Ligne | Montant |
|---|---|
| Salaire brut | 3 422 DH |
| CNSS salarial (4,48 %) | − 153 DH |
| AMO (2,26 %) | − 77 DH |
| Total cotisations | − 231 DH |
| Base imposable après frais pro (35 %) | ≈ 1 994 DH |
| IR (tranche 0 % jusqu’à 3 333 DH/mois) | 0 DH |
| Net à payer | ≈ 3 191 DH |
Le salaire net au SMIG n’est pas soumis à l’IR tant que la base imposable mensuelle reste sous le seuil de 3 333 DH. Ce n’est pas un avantage exceptionnel : c’est la conséquence mécanique du barème progressif, les bas salaires ne sont tout simplement pas imposés.
Pour vérifier avec vos propres chiffres (primes, charges de famille, heures supplémentaires), utilisez le calculateur brut/net. Le guide des taux de cotisation CNSS détaille la part patronale du même bulletin.
Le SMAG aussi augmente, mais au 1er avril
Le SMAG s’applique au secteur agricole et se calcule à la journée, pas à l’heure. Le même décret le porte de 93 DH à 97,44 DH par jour, là encore une tranche valant 5 % du taux de 88,58 DH en vigueur avant l’accord, mais seulement à compter du 1er avril 2026. L’agriculture a aussi une année légale plus longue : l’article 184 y fixe 2 496 heures, contre 2 288 ailleurs.
Ce décalage d’avril est récent, pas une tradition. Le décret de 2025 faisait déjà bouger le SMAG au 1er avril. En 2022 et en 2023, en revanche, les deux planchers avaient augmenté le même jour, le 1er septembre.
Pour un travailleur agricole payé 26 jours dans le mois, cela représente environ 2 533 DH brut (97,44 × 26). Une autre différence compte sur un bulletin agricole : selon l’article 357, les avantages en nature (logement, repas) ne sont pas pris en compte dans le minimum agricole, alors qu’ils le sont hors agriculture.
Deux tranches, pas une seule
La revalorisation 2024-2026 s’est faite en deux temps. Le gouvernement, la CGEM (patronat) et les centrales syndicales ont signé en avril 2024 un accord prévoyant deux hausses successives de 5 %, chacune mise en œuvre par son propre décret :
- 1er janvier 2025 : SMIG de 16,29 DH/h → 17,10 DH/h (décret n° 2.24.1122, Bulletin officiel n° 7367)
- 1er janvier 2026 : SMIG de 17,10 DH/h → 17,92 DH/h (décret n° 2.25.983, Bulletin officiel n° 7469)
Ce calendrier en deux temps a permis aux entreprises d’absorber progressivement la hausse de masse salariale, particulièrement dans les secteurs intensifs en main-d’œuvre (textile, offshoring, BTP, agriculture).
De 16,29 à 17,92 DH, le plancher horaire a progressé de 10 % sur les deux tranches. Le taux de 16,29 DH datait lui-même du 1er septembre 2023. La fiche SMIG reprend chaque palier depuis 2022 avec son décret.
Combien de salariés sont payés au SMIG ?
Près de la moitié des salariés déclarés. L’Observatoire marocain de la TPME, qui travaille sur les déclarations CNSS, relève que 46,6 % des salariés déclarés à la CNSS en 2024 ont perçu un salaire n’excédant pas le SMIG, et 72,7 % moins de 4 000 DH par mois. La part au SMIG était de 54,8 % en 2023 et de 44 % en 2022 ; l’Observatoire attribue le pic de 2023 aux deux revalorisations rapprochées de septembre 2022 et septembre 2023. La répartition par secteur est dans Salaires au Maroc par secteur.
Vérifier sur son bulletin
Quatre points à contrôler sur votre bulletin de paie dès réception :
- La rémunération d’un mois complet doit atteindre 3 422 DH (191 h). Si votre contrat est à temps partiel, le minimum est proportionnel au nombre d’heures, puisqu’il se calcule à l’heure.
- Votre numéro d’immatriculation CNSS doit figurer sur le bulletin. L’article 24 du Code du travail cite d’ailleurs « le numéro d’immatriculation à la Caisse nationale de sécurité sociale » parmi les informations que l’employeur doit communiquer par écrit lors de l’embauche. Absent ? Votre employeur ne vous déclare peut-être pas, voyez comment obtenir et vérifier son numéro CNSS.
- La prime d’ancienneté : l’article 350 en fixe le barème, 5 % du salaire versé après deux ans de service, puis 10 % après 5 ans, 15 % après 12 ans, 20 % après 20 ans, 25 % après 25 ans, sous réserve des exceptions qu’il prévoit. L’article 351 compte les périodes de service « continues ou non » chez le même employeur, avec les exclusions qu’il énumère ; vérifiez les deux articles au regard de votre situation.
- Les heures supplémentaires doivent porter la majoration de l’article 201 : +25 % entre 6 h et 21 h, +50 % entre 21 h et 6 h dans les activités non agricoles. Le jour du repos hebdomadaire, ces majorations passent à +50 % et +100 %, même si un repos compensateur est accordé. En agriculture, la plage de jour va de 5 h à 20 h.
Le SMIG s’applique-t-il à tous les secteurs privés ?
Oui, à l’exception du secteur agricole qui relève du SMAG. Certaines conventions collectives prévoient des minima supérieurs au SMIG : dans ce cas, c’est le minimum conventionnel qui prime, jamais le SMIG. Le type de contrat ne change rien : CDD, CDI ou intérim, le plancher horaire est le même. Le guide CDI / CDD précise quand chaque contrat est autorisé.
Les primes ou pourboires peuvent-ils compter dans le SMIG ?
En partie, et c’est la règle la plus mal comprise du sujet. Hors agriculture, l’article 357 prévoit que « les pourboires et les accessoires, en espèces ou en nature, entrent en ligne de compte pour l’appréciation du salaire minimum légal ». Un employeur peut donc légalement atteindre le plancher avec un élément régulier versé en plus d’une base plus faible. Ce qu’il ne peut pas faire, c’est payer moins que le plancher une fois tout additionné, ni convenir avec vous d’un taux inférieur (article 360). En agriculture, les avantages en nature ne comptent jamais. Si vous êtes payé à la pièce ou au rendement, l’article 359 vous garantit quand même le minimum, sauf baisse de production qui vous est directement imputable, constatée par un expert agréé.
Une hausse du SMIG augmente-t-elle mes futures prestations CNSS ?
Oui. L’assiette cotisable augmente, et la pension de vieillesse CNSS est égale à 50 % du salaire moyen mensuel des 96 mois déclarés qui précèdent la retraite, avec un minimum de 1 000 DH. Des salaires déclarés plus élevés remontent directement cette moyenne, ainsi que les indemnités journalières versées en cas de maladie.
Chercher un emploi au-dessus du SMIG ?
L’essentiel du recrutement au niveau SMIG se concentre dans le textile, le BPO, la grande distribution et le BTP. Pour filtrer par secteur et par ville, parcourez les offres au Maroc sur Bayt.com, le plus grand site emploi MENA, avec des milliers d’annonces mises à jour quotidiennement. Les fourchettes salariales de cet article vous donnent un plancher pour négocier à la hausse.
Pour aller plus loin
- Calculateur salaire brut/net, simulez votre net exact avec primes et charges
- Guide : comprendre son bulletin de paie, toutes les lignes décryptées
- Guide CDI / CDD, types de contrats sur lesquels s’applique le SMIG
- Checklist premier emploi, ce qu’il faut vérifier sur sa première paie
- Fiche SMIG, chaque palier depuis 2022 avec son décret
- Salaires au Maroc par secteur en 2026, où se situe le SMIG dans la grille réelle
- Négocier son salaire au Maroc, quand l’offre est au SMIG ou juste au-dessus
Sources
- Décret n° 2.25.983 du 29 décembre 2025 (SMIG à 17,92 DH au 1er janvier 2026 ; SMAG à 97,44 DH au 1er avril 2026) : Bulletin officiel n° 7469, édition générale en arabe, consulté le 8 octobre 2026
- Décret n° 2.24.1122 du 3 janvier 2025 (SMIG à 17,10 DH au 1er janvier 2025 ; SMAG à 93 DH au 1er avril 2025) : Bulletin officiel n° 7367
- Code du travail, loi 65-99, articles 24, 184, 201, 350, 351 et 356 à 361 : Bulletin officiel n° 5210 du 6 mai 2004, édition de traduction officielle
- ACAPS, fiche synthétique sur le régime de la CNSS (taux, plafond de 6 000 DH, calcul de la pension) : acaps.ma, consultée le 8 octobre 2026
- Observatoire marocain de la TPME, rapport annuel édition 2025, page 133 : omtpme.ma
- Accord social tripartite du 25 avril 2024, gouvernement du Maroc, CGEM, syndicats
- Médias24, 18 décembre 2025, confirmation tranche janvier 2026
- CNSS.ma, taux de cotisations en vigueur
- Loi de finances 2025, barème IR révisé, taux CNSS et AMO