Salaires au Maroc en 2026 : ce que gagnent vraiment les salariés par secteur

Grille salariale au Maroc par secteur en 2026 : IT, banque, offshoring, BTP, tourisme. En 2024, 72,7 % des salariés déclarés à la CNSS gagnaient moins de 4 000 DH par mois.

Marché de l'emploi  11 min de lecture ·  Publié le 2026-05-07 · Mis à jour le 2026-10-08  · salairemarché emploisecteurs

La plupart des salariés déclarés du secteur privé marocain gagnent peu : en 2024, 72,7 % des salariés déclarés à la CNSS percevaient moins de 4 000 DH par mois, selon l’Observatoire marocain de la TPME (OMTPME). Quelques secteurs très bien payés tirent la moyenne vers le haut, tandis que la majorité des salariés tourne autour ou juste au-dessus du SMIG 2026 à 3 422 DH brut. Par secteur, les déclarations officielles de 2024 placent la finance et l’assurance en tête, avec une masse salariale par emploi déclaré 3,4 fois supérieure à la moyenne hors agriculture, et les activités de services administratifs et de soutien en bas, à environ 0,6 fois, alors que ce secteur est désormais le premier employeur déclaré.

Quartier d'affaires de Casablanca Finance City, centre financier marocain
Casablanca concentre les sièges sociaux, les grandes banques et les entreprises multinationales. Le différentiel de salaire entre Casablanca et le reste du pays peut atteindre 15 à 20 % pour un poste équivalent. Photo : Unsplash. Licence Unsplash.

Quels secteurs paient le mieux selon les déclarations CNSS

La comparaison officielle la plus nette vient de l’Observatoire marocain de la TPME, qui consolide les données de la CNSS, de la DGI et de l’OMPIC. Son rapport annuel édition 2025 donne, pour 2024, la masse salariale déclarée de chaque secteur et sa part des emplois déclarés hors agriculture. En divisant l’une par l’autre, on obtient la rémunération par emploi déclaré d’un secteur rapportée à la moyenne : 1,0 correspond à la moyenne, 2,0 au double.

Secteur (section OMTPME)Masse salariale déclarée 2024Part des emplois déclarés hors agricultureRémunération vs moyenne
Activités financières et d’assurance15,2 Mds DH2,1 %3,4 ×
Information et communication10,0 Mds DH2,4 %2,0 ×
Activités spécialisées, scientifiques et techniques22,5 Mds DH6,8 %1,6 ×
Transports et entreposage10,4 Mds DH4,3 %1,2 ×
Commerce ; réparation d’automobiles39,2 Mds DH16,7 %1,1 ×
Industrie manufacturière35,1 Mds DH16,2 %1,0 ×
Enseignement9,3 Mds DH4,7 %0,9 ×
Santé humaine et action sociale4,4 Mds DH2,4 %0,9 ×
Hébergement et restauration8,8 Mds DH5,4 %0,8 ×
Construction21,9 Mds DH15,9 %0,7 ×
Autres activités de services4,3 Mds DH3,1 %0,7 ×
Activités de services administratifs et de soutien21,6 Mds DH17,2 %0,6 ×

La masse salariale déclarée a atteint 221,8 milliards de DH en 2024, dont 11,9 milliards dans l’agriculture, que les parts d’emploi ci-dessus excluent ; l’indice se calcule donc sur les 209,9 milliards hors agriculture. Une précaution de lecture : les effectifs comptent les personnes déclarées dans l’année, pas des équivalents temps plein, si bien que les secteurs riches en contrats courts, comme la construction ou l’hôtellerie, ressortent plus bas en partie pour cette raison.

Le même rapport montre à quel point la distribution est resserrée. En 2024, 72,7 % des salariés déclarés à la CNSS ont perçu moins de 4 000 DH par mois, 46,6 % un salaire n’excédant pas le SMIG, et seulement 2,8 % plus de 20 000 DH.

La grille par secteur

Les fourchettes qui suivent sont des repères de marché issus des baromètres de recrutement, pas une statistique officielle. Elles reflètent les salaires bruts mensuels en CDI pour des profils expérimentés (3 à 10 ans d’expérience), au niveau bac+3 à bac+5. Les juniors (premier emploi) se positionnent généralement dans le bas de chaque fourchette.

SecteurFourchette typique (brut/mois)Remarque
IT / Tech (développeur, data, cloud)9 000 – 20 000 DHSeniors 25 000+ DH
Banque et finance8 000 – 25 000 DHTrès variable selon la fonction
Télécoms8 000 – 18 000 DHGrandes entreprises surtout
Offshoring / BPO, téléconseiller3 500 – 5 500 DHSuperviseur : 6 000 – 9 000 DH
Offshoring / ITO, profils IT8 000 – 18 000 DHCapgemini, Atos, Alten, etc.
Industrie automobile (Tanger, Kenitra)4 500 – 10 000 DHRenault, Stellantis, PSA
BTP, ingénieur8 000 – 15 000 DHTechnicien : 5 000 – 8 000 DH
Commerce / grande distribution4 000 – 9 000 DHChefs de rayon en haut
Tourisme / hôtellerie3 500 – 7 000 DHSaison et pourboires font varier
Secteur public~10 100 DH netObjectif gouvernemental 2026
AgricultureSMAG : 97,44 DH par jour≈ 2 533 DH pour 26 jours travaillés

Où sont les emplois

La rémunération n’est qu’une moitié du tableau ; l’autre, c’est où les gens travaillent. L’enquête sur la main-d’œuvre du Haut-Commissariat au Plan pour le deuxième trimestre 2026 recense 10 643 000 personnes en emploi contre revenu. Les services en occupent 5 251 000 (49,3 %), l’agriculture, la sylviculture et la pêche 2 569 000 (24,1 %), l’industrie 1 456 000 (13,7 %) et le BTP 1 356 000 (12,7 %). En ville, 64,5 % des personnes en emploi contre revenu travaillent dans les services ; à la campagne, 54,5 % dans l’agriculture. La fiche HCP présente cette enquête, qui a remplacé en 2026 l’Enquête nationale sur l’emploi.

Le HCP compte toute personne travaillant contre rémunération ou en vue d’un profit, indépendants et emploi informel compris, d’où un total bien supérieur aux quelque 4,07 millions d’emplois déclarés à la CNSS en 2024.

Les planchers légaux sous chaque fourchette

Deux chiffres fixent le bas de la grille. Le SMIG, 17,92 DH de l’heure depuis le 1er janvier 2026 (3 422 DH pour un mois de 191 heures), couvre l’industrie, le commerce et les services. Le SMAG, 97,44 DH par jour depuis le 1er avril 2026, couvre le travail agricole. Les deux viennent du décret n° 2.25.983, publié au Bulletin officiel du 29 décembre 2025. La fiche SMIG reprend chaque palier depuis 2022.

IT et tech : la catégorie qui creuse l’écart

Le secteur numérique est celui qui a le plus progressé ces cinq dernières années, tiré par la stratégie Maroc Digital 2030 et la montée en puissance des filiales offshore de groupes européens. Un développeur web avec trois ans d’expérience touche facilement 10 000 à 14 000 DH brut à Casablanca. Un architecte cloud ou un expert cybersécurité confirmé dépasse souvent 20 000 DH.

Les données CNSS confirment la tendance, sinon les montants exacts : l’information et la communication ne pèsent que 2,4 % des emplois déclarés hors agriculture mais paient environ deux fois la moyenne par emploi.

Ce n’est pas limité aux grandes villes. Technopolis Rabat, les zones offshore de Tanger et de Fès attirent des opérations de développement qui recrutent à des niveaux similaires. La demande dépasse l’offre, ce qui maintient les salaires élevés.

Les profils les plus demandés : développeurs Full Stack (React, Node.js, Python), data engineers, spécialistes DevOps/Cloud, consultants SAP et Salesforce. L’IA est devenu un différenciateur réel, les candidats qui savent l’utiliser productivement négocient 10 à 15 % de mieux.

Pour les fiches détaillées : développeur web, ingénieur informatique, chef de projet.

Le recrutement est ouvert. Parcourez les postes tech au Maroc sur Bayt.com, Casablanca, Rabat et Tanger dominent les offres, avec la plupart des postes seniors dans les fourchettes ci-dessus.

Banque et finance : la hiérarchie compte

C’est le cas le plus net des données officielles. Les activités financières et d’assurance ne représentent que 2,1 % des emplois déclarés hors agriculture mais 15,2 milliards de DH de masse salariale, soit environ 3,4 fois la moyenne par emploi.

Les fourchettes salariales dans le secteur bancaire sont larges parce que les fonctions sont très différentes. Un chargé de clientèle particuliers en agence tourne autour de 7 000 à 10 000 DH brut. Un analyste crédit au siège ou un trader en salle des marchés peut dépasser 20 000 DH.

La Casablanca Finance City (CFC) attire les services financiers à valeur ajoutée, gestion de fonds, fiscalité internationale, audit pour les groupes panafricains. Les rémunérations y sont généralement supérieures de 20 à 30 % par rapport aux banques de détail classiques.

Fiche secteur : banque et finance. Fiches métier : auditeur, contrôleur de gestion, comptable.

Offshoring : deux marchés dans le même secteur

L’offshoring marocain se divise en deux réalités très différentes.

Le BPO (relation client, centres d’appels) emploie des dizaines de milliers de personnes, souvent à des niveaux proches du SMIG pour les téléconseillers débutants. Majorel, Concentrix (ex-Webhelp), Intelcia, Outsourcia recrutent en continu mais la concurrence est forte et les salaires plafonnent vite si on reste téléconseiller. La progression passe par la supervision, la formation, le quality management.

L’ITO (services informatiques externalisés) est une autre planète. Capgemini, Atos, Sopra Steria, Alten Delivery Center, CGI emploient des profils IT à des niveaux comparables ou supérieurs aux entreprises tech marocaines. La rémunération d’un développeur Java mid-level chez ces acteurs tourne autour de 12 000 à 16 000 DH brut.

Secteur complet : fiche offshoring.

Ouvrier sur une chaîne de production textile
Textile, sous-traitance automobile et BPO emploient ensemble plusieurs centaines de milliers de Marocains. Ces secteurs ancrent le bas du milieu de grille, et concentrent l'essentiel du recrutement débutant. Photo : Ron Lach via Pexels. Licence Pexels.

L’effet ville

Casablanca paie mieux. Pas sur tous les postes, mais la tendance est claire : pour un profil équivalent, le différentiel peut atteindre 15 à 20 % entre Casablanca et les autres villes.

Elle concentre aussi les emplois déclarés : la région Casablanca-Settat réunissait 38,9 % des emplois déclarés à la CNSS en 2024, devant Rabat-Salé-Kénitra (14,6 %), Souss-Massa (12,2 %) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (11,6 %), selon l’OMTPME.

Rabat offre des salaires compétitifs, surtout dans la fonction publique et les agences d’État. Tanger monte rapidement grâce à l’industrie automobile (Renault, Stellantis, BYD) et aux zones logistiques. Marrakech reste dominée par le tourisme, avec des salaires plus bas sauf pour les postes de management hôtelier.

Espace de travail en open space avec des employés collaborant
Les entreprises multinationales installées au Maroc affichent des grilles salariales généralement 20 à 30 % supérieures aux entreprises locales de même taille pour des profils équivalents. Photo : Fauxels via Pexels. Licence Pexels.

Public vs. privé : ce que les chiffres ne disent pas

Le salaire net moyen dans la fonction publique a dépassé les 10 100 DH en 2026, objectif annoncé par le gouvernement depuis 2021. C’est nettement supérieur au salaire médian du privé.

Mais la comparaison brute est trompeuse. Le secteur public offre une sécurité de l’emploi totale, une retraite CMR (souvent plus avantageuse que le régime CNSS), des avancements à l’ancienneté et, dans certains corps, des avantages en nature. En contrepartie, les carrières sont plus rigides, les augmentations liées à des grilles fixes, et la mobilité géographique contrainte.

Pour les jeunes diplômés en IT, finance ou droit, le privé offre souvent une rémunération 30 à 50 % supérieure en début de carrière, avec plus de volatilité mais aussi plus d’opportunités de progression rapide.

Ce que les baromètres ne capturent pas

Les données CNSS et les baromètres Rekrute / Michael Page reflètent ce que les entreprises déclarent. Deux distorsions importantes :

  1. Le travail informel : une partie non négligeable de salariés marocains travaille sans contrat formalisé, sans déclaration CNSS. Ces salariés n’apparaissent dans aucune statistique, et leurs revenus sont souvent sous le SMIG.
  2. Les avantages en nature : voiture de fonction, téléphone, mutuelle complémentaire, tickets restaurant, ils ne figurent pas dans le brut déclaré mais peuvent représenter 15 à 25 % du coût employeur total.

Comment connaître le salaire d’un poste avant de postuler ?

Consultez les baromètres Rekrute et Michael Page Morocco (publiés chaque année en début d’année), Indeed.fr Maroc (qui commence à afficher des fourchettes), et le réseau professionnel LinkedIn (profils équivalents dans votre secteur). La donnée la plus fiable reste le réseau informel : un contact dans l’entreprise ciblée.

Peut-on négocier même pour un premier poste ?

Oui. Le guide Négocier son salaire au Maroc explique comment, premier emploi compris.

Les expatriés gagnent-ils vraiment plus ?

En général oui, notamment parce qu’ils négocient en package (salaire + logement + billet retour + école) et partent d’une base en devise étrangère. Mais la pratique se réduit : les entreprises préfèrent recruter des locaux à coût équivalent quand le marché le permet.

Pour aller plus loin

Sources

  • Observatoire marocain de la TPME, rapport annuel édition 2025 (données 2024 issues de la CNSS, de la DGI, de l’OMPIC, du ministère de l’Industrie et de Bank Al-Maghrib) : tableau 42 page 119, tableau 44 page 121, tableau 49 page 132, tranches de salaires page 133, omtpme.ma, consulté le 8 octobre 2026. La colonne « rémunération vs moyenne » est calculée à partir des tableaux 44 et 49.
  • Haut-Commissariat au Plan (HCP), note sur le marché du travail au deuxième trimestre 2026, Enquête sur la main-d’œuvre (EMO2026), publiée le 3 août 2026 : hcp.ma
  • Décret n° 2.25.983 (SMIG et SMAG 2026) : Bulletin officiel n° 7469
  • CNSS, données salariales secteur privé 2024-2025 (via HCP)
  • Rekrute.com, Baromètre salarial Maroc 2025
  • Xpertize Africa, Grille salariale Maroc 2026, vérifié mai 2026
  • Move-on-up.fr, Salaire moyen Maroc 2026, vérifié mai 2026
  • Maroc.ma, objectif salaire fonction publique 10 100 DH, annonce ministérielle

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